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SOMMAIRE

Première partie : Une mariée, un mariage et un départ.

Deuxième partie : La malédiction des Maurepas.

Troisième partie : Le vent du large

Quatrième partie : Vent de terre

Cinquième partie : Vent de Guerre (Jusqu’à l’épisode 22 inclus)

Terre de feu : cinquième partie

Mille pardons, y a eu un bug lors de la mise en ligne. Voici le véritable épisode 68, enfin j’espère !

Episode 68

Pour Maurepas, les jours se ressemblaient, le temps passé en mer l’avait plongé dans une sorte de rêverie éveillée où le réel et les songes se mêlaient intimement. Plusieurs fois, il avait tenté de comprendre ce monde dans lequel il était projeté. Il avait attendu la nuit observant ses compagnons attentivement, immanquablement, ils disparaissaient. Soit parce qu’il avait fermé les yeux un instant, soit parce que son attention avait été attirée par un claquement dans la voilure ou bien un grincement issu de la structure malmenée par le déchaînement des éléments. Ou encore parce qu’il avait la nausée. De la même façon, il avait épié l’équipage à la manœuvre courant le long du bastingage. L’instant d’après, il n’était plus. Les chevaux eux-mêmes disparaissaient soudainement. Alors, il se retrouvait seul sur ce navire en perdition au milieu des flots. Il ne pouvait s’empêcher de retourner en fond de cale pour vérifier, et finir par se retrouver au milieu de cette terre immonde qui empestait la mort. Maurepas avait même recherché les cargaisons de contrebande, soupçonnant les marins et leur capitaine de faire du commerce illicite. Rien, il n’avait pas trouvé le moindre sac ou la moindre caisse.

De guerre lasse, il avait renoncé. Il se plaçait sur le gaillard d’avant et scrutait l’horizon, ne parlant plus à personne puisque que personne ne le prenait au sérieux. Et lorsque le capitaine vint lui-même annoncer les côtes italiennes, il ne fut pas surpris. Le temps, les lieux n’avaient plus d’importance. Seul son frère le souciait encore un peu. Il lui parlait de longues heures attendant un signe de la tête que la plupart du temps il ne faisait qu’imaginer. Au début, Solange descendait avec Maurepas pour lui tenir compagnie, puis elle avait fini par se lasser. Se lasser qu’il ne la considère pas plus que ça, qu’à nouveau, il l’abandonne. Cela avait même donné lieu à une altercation.

– Tu me délaisses à nouveau, la première fois ne t’a pas servi de leçon !

Maurepas avait dévisagé Solange sans comprendre.

– Lorsque tu es parti au port, faire l’aventurier, t’es tu simplement préoccupé de ce que j’allais devenir ?

– Tu étais d’accord pour…

– Imbécile, j’étais d’accord pour rien du tout, mais tu ne l’as pas compris. Ton train était la seule chose qui te préoccupait. Est-ce qu’il serait à l’heure ? Est-ce que les moutons allaient encore une fois obliger la micheline à s’arrêter pendant des heures ? Voilà où était ton esprit, en tous les cas pas avec moi !

– Ce n’est pas vrai, j’ai pensé à toi durant tout le voyage !

– Et bien, tu aurais mieux fait de penser à moi avant !

– Et puis tu avais d’autres idées en tête. La preuve, tu es partie pour la grande ville !

– Tu es bien un Maurepas !

– Que veux-tu dire par là ? Précise ta pensée ! lança Maurepas comme on lancerait un défi. Et il regretta immédiatement ces mots.

– Les Maurepas ne pensent qu’à eux, les autres sont à leur service. Ils doivent attendre le bon vouloir de ces messieurs, les maîtres des terres. Ah les terres, vous avez dû en bouffer quand vous étiez petits pour la désirer à ce point. Maintenant, je vais te dire une chose que tu vas bien t’enfoncer dans le crâne. J’ai dit que je partais pour la ville, la grande ville comme tu le dis si bien parce que je ne pouvais pas dire que je n’avais qu’une idée en tête.

– Laquelle ? demanda bêtement Maurepas.

Au point où il en était, autant enfoncer le clou et aller au bout, quoi qu’il dût en coûter.

– J’ai préféré en finir et je me suis jetée du haut du pont.

– Quel pont ? questionna encore plus bêtement Maurepas.

Pour toute réponse, il reçut une paire de gifles et Solange disparut de ses appartements.

– Excusez-moi, maître, mais vous l’avez bien mérité !

– Toi le larbin, on t’a rien demandé.

Il ne vit pas le coup-de-poing lui arriver en pleine figure, car Pivoine avait sauté par-dessus la rambarde. Il ne vit pas la suite non plus, car il fut abandonné inconscient sur le sol. Ce furent les marins qui s’occupèrent de le descendre pour l’installer sur l’une des bannettes de l’équipage. Ils le déshabillèrent, profitèrent de lui un temps avant de disparaître tout au fond du navire, là où la porte prend la forme d’une alcôve et où la terre est plus noire que la nuit.

Je ne sais pas vous, mais j’ai une de ces faims, je mangerai un bœuf… non, je rigole, un saladier de pois chiches pour me préparer au régime Zorglubien !

Un saladier plein de bisous !

Terre de feu : épisode 69