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SOMMAIRE

Première partie : Une mariée, un mariage et un départ.

Deuxième partie : La malédiction des Maurepas.

Troisième partie : Le vent du large

Quatrième partie : Vent de terre

Cinquième partie : Vent de Guerre (Jusqu’à l’épisode 22 inclus)

Terre de feu : cinquième partie 

Episode 65

Il leur fallut deux jours pour rejoindre le port de pêche. Ils avaient voyagé pratiquement sans un mot. Seuls les « Yaderdès » et les « A dré » de Thérèse ponctuaient les passages délicats. Dans les premiers plissements de l’Anatolie, la route était déserte, et les lieux peu habités. Lucas n’avait pas desserré les dents pour dire une parole qui aurait rassuré son frère. Son regard dans le vide avait perdu de son éclat. Il respirait à peine, il fallait avoir l’œil pour percevoir le mouvement lent de ses poumons.

Après la longue descente partant du petit village d’Ayvacik, ils découvrirent l’immense baie qui ouvrait sur la mer Egée derrière l’île de Mytilène. Et la première vision de Maurepas fut le magnifique trois-mâts au mouillage. Le voilier se trouvait à quelques encablures, là où sa quille ne risquait pas de toucher le fond. Mais il ressentit une sensation étrange, suivie d’un malaise. L’équipage s’affairait sur le pont, ils préparaient le départ et chaque homme à son poste connaissait son rôle. Ces marins, avec leur tenue ridicule, leur bicorne de corsaire, leur veste noire et leur pantalon bleu coupé à mi-mollet, il les connaissait. Pas le moindre doute, il s’agissait du même trois-mâts dans lequel on avait trucidé Mantine, la prostituée qui l’avait accueilli chez elle. Pourtant, il y avait foutu le feu à ce maudit bateau, il ne restait plus qu’un tas de planches, flottant à la surface de l’eau.

– Je ne monte pas dans ce cercueil ambulant ! s’énerva Maurepas. Je les connais, ce ne sont que des pirates sanguinaires qui transportent de l’opium.

– Tu t’attendais à quoi, intervint Boris. Quel équipage accepterait de ne nous faire passer les lignes Ottomanes au milieu des cuirassés qui se torpillent les uns les autres.

– Quand je dis que je les connais, je veux dire que je connais ceux-là ! Ils tueraient père et mère pour une orgie.

– Et bien si tu les connais, tu nous présenteras, répliqua Solange qui commençait à en avoir assez des critiques continuelles de Maurepas.

Maurepas sentit que Solange lui en voulait et qu’elle était sur le point de se fâcher et ça, il ne le supportait pas. Il perdit un peu de sa superbe.

– Quand je dis que je les connais, je veux dire que je les connaissais. Enfin, ceux que je connaissais sont morts brûlés vifs, mais ce sont eux, enfin ce sont les mêmes. Je ne sais plus, finit par conclure Maurepas.

– Hé bien, quand on sait pas, on garde ses remarques pour soi !

Et sur ces mots, Solange partit rejoindre Paille qui préparait les chevaux pour le voyage. Car aucun n’envisageait l’idée de les abandonner là. Pas même Maurepas.

– Comment va-t-on procéder, questionna Solange lorsque Valentin vint les rejoindre.

– Il faut attendre la nuit, allumer un feu, le laisser brûler une dizaine de minutes et l’éteindre, puis le rallumer. Ils enverront trois barques, il faudra y coucher les chevaux, nous partirons en dernier une fois les chevaux descendus dans la cale. Evidemment, la carriole reste ici.

– En as-tu parlé à Maurepas ?

– Pas encore, mais il doit se douter.

– Il ne voit que ce qui le concerne, lui et son frère.

– Et toi aussi !

– Quand il a l’entrejambe qui le démange.

– Tu es dure avec lui.

– Maintenant qu’il en a fini avec cette affaire, est-ce que j’existerai encore dans son cœur, rien n’est moins certain.

– Où iras-tu quand tu seras de retour dans ton pays.

– De l’autre côté de la Girance. C’est une rivière qui sépare les vallées. Je monterais à Maloins, là, il y a une vieille folle. Nous bavarderons, je lui raconterai comment j’ai croisé la route de deux amoureux qui m’ont conduit jusqu’en Turquie.

– Tu vas nous manquer. Thérèse ne le dira pas, et ne le montrera pas, mais elle sera triste.

– Je compte sur toi pour t’occuper d’elle. Est-ce que vous allez rester en terre ottomane ?

– Non, juste la route qui nous attend.

– Pour aller où ?

– Nulle part. Si nous avons de la chance nous croiserons d’autres errants comme nous et ils feront un bout de chemin en notre compagnie.

J’ai cru voir un gros Zorglubolosien ! Est-ce que vous le voyez aussi, ou bien je suis le seul Terrien qui a des zorgluvisions ?

Une zorglubise à tous…

Terre de feu : épisode 66