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A mon lecteur adoré

J’ai perdu un lecteur !
Dans un souffle, il s’en est allé, serein, sans souffrance.
Et puis il en avait marre de cette terre poussive où la solidarité des travailleurs s’est muée en une individualité productive.
Il était temps qu’il passe l’arme à gauche, comme on disait à l’époque où on prenait le temps de faire la guerre en bonne civilité et où les armes nécessitaient un temps de chargement assez long avant de s’estourbir à gogo.
Une phrase résume tout : il n’est plus là !
Comme la fois où il avait disparu de l’hôpital pour s’aller promener on ne sait où ni pour quelle raison.
Mais cette fois, le pauvre homme est parti faire un tour du côté du néant.
Histoire de vérifier que l’univers ressemble à ce que les hommes de science nous en disent.
Il croyait dur comme fer que le marteau et la faucille avaient plus d’utilité que les vendeurs d’opium.
Je suis content parce qu’ainsi, j’économise un temps précieux à ne pas le recommander à qui que ce soit pour un paradis artificiel.
Mais revenons à la question du lecteur perdu
En temps qu’écrivain, je ne peux pas dire que je sois très populaire.
Mon lectorat se résume bien souvent à quelques personnes et quand on en perd une et bien ça crée un sacré trou.
Il est vrai, cher, très cher lecteur adoré, qu’il te fallait courir après les mots avant qu’ils ne s’effacent de ta mémoire.
Une course contre la montre, où le premier arrivé au bout de la ligne a gagné le droit de sauter dans le vide pour attraper la suivante.
Mais cette fois, l’ami, tu as sauté trop loin, ou trop court, c’est selon.
Au bout des lignes, il faudrait ajouter des ancres pour arrimer l’embarcation du sens à la terre ferme.
Seulement voilà, les livres pèseraient le poids des enclumes et une enclume à la main, on se noie encore plus vite.
Une question reste : à qui vais-je lire mes gribouillages ?
Vous allez trouver que c’est un peu égoïste comme remarque, mais qu’y puis-je ?
Il était un encouragement permanent et il aimait ce que j’écrivais.
Etait-ce pour ne pas me vexer ? C’est bien possible.
Sachez, chers gens qui me lisez, que pour l’ego, un lecteur réceptif à votre univers, c’est toujours bon à prendre.
Alors je crois que je vais me parler à moi-même, je vais faire le lecteur et l’écrivain, mieux que ça, je vais aller faire un tour dans ma mémoire pour le remettre sur pied et je lui lirai mes œuvres.
A nous deux, un moi-même au carré, on pourra se délecter de mes histoires.
On se dira des gentillesses, on se passera de la pommade à deux couches, et puis on se fera la bise pour se dire à demain.
J’aime à croire, qu’il aurait apprécié ce dernier gribouillage.
A mon père.