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Vent fort : cinquième partie

 

Episode 24

Maurepas regardait au loin, il était en avant et scrutait l’horizon. Si les troupes austro-hongroises venaient à traverser la plaine de la Branica, elles seraient peu nombreuses, bien plus occupées à l’Ouest sur les rives de l’Isonzo. Ce qu’il fallait craindre, c’était plutôt les groupes royalistes voulant instaurer une monarchie Serbe. Depuis combien de temps chevauchait-il ainsi avec son groupe de voyageurs hétéroclites ? Il ne savait le dire. Le temps semblait ne plus avoir d’importance. Il se réglait simplement sur l’allure des chevaux, les pas marquaient l’écoulement des durées et elles se succédaient les unes aux autres. Le passage par le Piémont italien n’avait été qu’une suite de paysages plus ou moins vallonnés qui les avaient menés en Slovénie.

Maurepas ne comprenait pas la raison qui poussait Thérèse à vouloir à tout prix éviter le bord de mer, bien moins épuisant. Ils auraient pu rejoindre Monfalcone puis couper par Rijeka, mais Thérèse savait la route, un point c’était tout. A part Maurepas, les autres faisaient corps avec elle. Pas moyen de les faire changer d’avis. De guerre lasse et après avoir tenté de les laisser à leur propre sort en suivant un autre chemin, il avait abandonné et il s’était résigné à rejoindre la carriole des deux amants. Il était le seul à les appeler ainsi. Jamais on avait abordé le sujet, étaient-ils seulement amants ? Ou bien mariés ? Cette question taraudait l’esprit de Maurepas. Boris vint à hauteur de Maurepas et se plaça sur sa droite.

– On ne t’entends plus depuis le village de la Versa, tu fais la tête ?

– Quand je dis qu’il faut éviter les soldats, mêmes italiens, il faut m’écouter ! On a eu de la chance !

– Tu es en colère alors ! Pivoine sait ce qu’il fait, tu devrais avoir confiance en lui.

– Pivoine, toujours Pivoine, lui il sait tout, en réalité il ne sait rien et il a de la chance.

– Il y a autre chose qui te tracasse ?

– Le cavalier solitaire, il ne nous suit plus depuis plusieurs jours.

Boris dévisagea son ami, mais ne dit pas un mot de plus. Ils chevauchèrent ainsi un bon moment. Arrivés près de Komen, ils croisèrent un groupe de paysans revenant des champs, leur faux à la main. Les hommes se garèrent le côté dans le bas du chemin, enlevèrent leur coiffe et se signèrent.

– Je ne comprends toujours pas la raison qui pousse tous ceux que nous croisons à se signer sur notre passage.

– Ils n’aiment pas les étrangers et préfèrent marquer un respect distant qui n’engage à rien.

Maurepas fit faire demi-tour à son cheval et l’éperonna pour qu’il se mette au trot.

– Que fais-tu ?

– Je vais rejoindre Thérèse !

En quelques pas, il fut à hauteur du chariot. Il vint se placer à hauteur de la jeune fille.

– Peut-on avoir confiance en les habitants de ce village ?

– Je ne sais pas.

– Je croyais que tu avais fait la route plusieurs fois !

– Une seule fois et je n’ai pas en tête tous les culs-terreux que je croise ! Tu veux savoir s’ils sont proches de l’empire ? Comme tous les Serbes, ils préfèrent les Italiens et le mouvement insurrectionnel.

– Donc nous ne risquons rien ?

– On peut dire ça.

– Mais ils sont aussi très méfiants quand ils croisent des voyageurs, intervint Valentin en sortant de la carriole pour prendre place sur le siège avant.

– Alors nous nous installerons à la sortie du village pour établir le campement.

– Il faudra se ravitailler, nous n’avons plus rien à manger et l’eau commence à manquer.

– Et de la gnole aussi, cria Pivoine en arrivant au galop, bientôt suivi par Solange.

– D’où venez-vous ? questionna Maurepas en s’adressant à Pivoine.

– On a discuté un peu avec les paysans, il y a une auberge qui peut nous accueillir pour rien.

– Et avant que tu ne poses la question, ajouta Solange, ils soutiennent tous la « Main Noire ». Les Austro-hongrois leur ont volé une grande partie de leurs animaux et beaucoup de leurs céréales.

– Si tu es sûre de toi, alors allons dans cette auberge…

 

Normalement, la suite demain et la bise à tous et à toutes…