Sélectionner une page

 254 Nombre de vues totales,  2 Vues du jour

SOMMAIRE

Première partie : Une mariée, un mariage et un départ.

Deuxième partie : La malédiction des Maurepas.

Troisième partie : Le vent du large

Quatrième partie : Vent de terre

Cinquième partie : Vent de Guerre (Jusqu’à l’épisode 22 inclus)

Vent fort : cinquième partie

 

Episode 35

Maurepas attendait au centre de la grotte, légèrement penché en avant à cause du manque de hauteur.

– Ne restez pas debout, prenez place.

Le vieillard désigna un banc en pierre sculpté directement dans la roche. Maurepas s’assit. L’homme s’approcha du foyer sur lequel avait été déposé une marmite. Il souleva le couvercle et remplit une écuelle avec une longue louche.

– Tenez, pour une fois qu’il y a un invité pour partager mon repas.

– Suis-je réellement un invité ou bien un prisonnier ?

– Parfois, la différence est subtile, j’en conviens. Vous est-il déjà arrivé de vous trouver au milieu de convives dont les discussions passablement inintéressantes n’en finissent pas ? Je pense que oui, n’est-ce pas ?

À son tour, l’homme se servit un bol de soupe et s’installa sur un tabouret en face de Maurepas.

– Vous voudriez quitter ces discussions inutiles, et pourtant vous ne le faites pas. N’est-ce point là une forme d’emprisonnement ? Librement consenti, j’en conviens.

Les deux hommes restèrent silencieux, avalant leur soupe tout en émettant des bruits de succion. Maurepas se leva d’un coup, fonça vers la sortie, mais il se retrouva face à une lourde porte. Il tenta de forcer l’ouverture, mais dut se rendre à l’évidence. Ses efforts étaient vains. Il envoya discrètement la main derrière lui.

– Peut-être cherchez-vous cela ? dit le vieillard avec calme tout en brandissant le couteau de Maurepas. Allons ne faites pas cette tête nous sommes là en amis.

– Je n’en crois pas un mot !

– Si ce n’était pas le cas, en ce moment, vous seriez encore en train de chercher votre chemin épuisé, à court d’eau et crapahutant continuellement pour lutter contre la succession des dénivellations. Encore quelques heures dans ces conditions et la mort deviendrait votre seul guide pour sortir de ces ténèbres. Ici, la forêt est plus dense que la célèbre forêt noire, les esprits y sont encore à la recherche de leur salut.

– Que voulez-vous de moi ?

– Que vous vous rasseyiez et que vous finissiez votre potage.

– Je n’ai que faire de votre potage !

– Je ne suis pas pressé… contrairement à vous.

Maurepas obtempéra à contrecœur.

– Je vous repose ma question, insista Maurepas.

– Finissez votre repas, veuillez faire honneur à l’hôte qui vous accueille.

L’écuelle était posée à même le sol, Maurepas s’en saisit, mais au moment de la finir, il eut une hésitation.

– Je vous l’ai déjà dit, si j’avais besoin de me débarrasser de vous, ce serait déjà fait. Et ce serait ni en vous empoisonnant, ni même d’un coup de couteau.

– Ha oui, et comment procéderiez-vous ?

– Nous parlons d’une éventualité qui ne se présentera pas.

Le vieil homme se coupa une large tranche puis tendit le pain à Maurepas avec le couteau qu’il lui avait subtilisé.

– Je crois que vous y tenez beaucoup.

Maurepas n’hésita même pas, il trancha le pain et sauça son bol. Puis il entama la tomme de brebis que le vieux avait déposé sur le banc. Ils finirent leur repas tranquillement, il y eut du vin de Hongrie, d’un noir profond. Puis les deux hommes prirent le temps de fumer une bonne pipe bourrée d’un tabac brun au goût de miel.

– Venons-en à votre question. Tout d’abord permettez-moi de vous rappeler que vous êtes en dette envers le pays. Le massacre des paysans dans le petit village de Komen, ça vous dit quelque chose ?

– Je ne sais rien, mais une chose est certaine, ils nous avaient dérobé de l’argent.

– Vous voulez dire votre argent.

– Mon argent.

– Qui me dit que vous ne mentez pas ?

– Qui me dit que votre histoire de paysans massacrés n’est pas un racontar. Après tout, je n’étais pas là pour assister à la scène.

– Sur ce point, vous avez raison. Vous devrez donc me croire sur parole, de la même façon que je vais vous croire pour les pièces d’or.

– Nous y voilà, vous êtes ni plus ni moins qu’un voleur qui détrousse le voyageur égaré.

– Si la formule vous plaît, qu’on la garde.

L’homme fuma sa pipe un moment, soufflant de longues volutes qui allaient se perdre au fond de la grotte. Maurepas qui avait compris qu’il ne servait à rien de précipiter les choses, que dans ce cas-là, c’était encore pire, patienta tout en tirant lui aussi sur sa pipe.

– Vous allez devoir faire un choix crucial ! finit par dire le vieil homme d’un ton puissant qui fit sursauter Maurepas.

vent fort : épisode 36